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UVC

Le meilleur moyen de connaitre le monde c'est en l'écoutant.

Je le sais, il va me voler les yeux

Photo de Aaron Burden

Photo de Aaron Burden

Je vois le monstre posté près de ma porte.

Il est là.

Je sentais comme une présence dans la pièce, ma peau était couverte de chair de poule. Je n’osais pas tourner la tête pour regarder. Mais je le voyais du coin de l’œil.

Immense, la peur grisâtre, rabougrie et plissée. Il arrive jusqu’au plafond. Courbé pour rentrer dans la pièce exiguë. Est-il nu ? Je n’ose pas le regarder. Je ne vois du coin de l’œil que ses mètres de peau repliés les uns sur les autres formant un amas de chair tombante. Il me fixe de ses grands yeux noirs, entièrement vides. Et je peux presque apercevoir sa bouche se déformer en un rictus, un sourire démoniaque. Sa lèvre du bas, pendante, dévoile des dents pointues, cassées. Je sais que si je croise son regard il sera là. Mais peut être que je pleure trop pour pouvoir le regarder.

J’ai besoin de le décrire, il faut que je tourne la tête. Mon regard doucement parcours la pièce en sa direction. Je veux l’observer. Mais une peur viscérale me tord les entrailles. Lentement je vois son ombre se déformer au sol pour se rapprocher un peu plus de moi. Il tend un bras pourri et gluant dans ma direction. Je continue à fixer devant moi, espérant que cela le fera disparaitre. J’entends des cliquetis dans la pièce. Je n’arrive pas à savoir de quoi il s’agit. Rien dans ma maison ne pourrait produire se bruit là. Ma peau se recouvre de chair de poule et mes yeux se mettent à pleurer plus encore. Il approche. Il n’est qu’à quelques mètres de moi et je ne sais pas quoi faire.

Je suis bloquée dans mon appartement. Je ne peux pas me lever, je n’ose pas bouger. Le sol grince en ma direction. Et la peur finit de me paralyser. Quelque chose vient de tomber au sol, à moins d’un mètre de moi. Je n’arrive même pas à regarder de quoi il s’agit. Je gémis de peur puis retiens ma respiration. Je ne dois pas faire de bruit, il va m’entendre c’est sûr. Il a déjà dû m’entendre, sinon pourquoi se rapprocherai-t-il ? Encore des grincements, ils vont me rendre folle. Je ne le vois plus près de moi, je ne sais pas où il est passé. Je ne sens plus qu’une odeur de pourri, mélangée au gout de sang dans ma bouche. Je me suis mordue et du sang dégouline le long de mon menton. Quelque chose retombe derrière moi. L’objet roule jusqu’à toucher ma main. Je le sens, là, contre ma peau. Mais je ne bouge pas d’un millimètre. Il va peut-être m’oublier. Non ce n’est pas possible. Un grincement encore, juste derrière mon dos. A-t-il vu que je l’avais remarqué toute à l’heure ? Pourquoi ai-je regardé vers ma porte ? Il m’a vu c’est sûr.         

Je sens un souffle derrière mon oreille gauche. Il est là ! Il est là. Je me retiens de hurler et gémis de nouveau. Il m’a vu. Je sais qu’il m’a vu à présent. J’hésite à me retourner. Peut-être que si ne bouge pas, il ne me fera rien. Je garde cet espoir en moi, car je veux vivre encore. Je veux revoir mes amis, ma famille. Tout à coup, sa main me frôle. Et je sais. Je sais que je n’ai aucune chance. Je sais qu’il a vu mon regard. Alors lentement je lève une main, comme pour vérifier que mon corps fonctionne encore. Comme pour vérifier que je ne suis pas morte. Je fais mon geste le plus lentement possible, il ne doit pas me voir bouger. Il se déplace derrière moi. Et son odeur de plus en plus forte me donne envie de vomir. Je déglutis. Il ne doit pas me voir bouger.

Il semble m’observer, en réfléchissant à la marche à suivre. Soudain, il a fait son choix. Alors je sais que je vais mourir. Maintenant. Dans un dernier espoir, et par curiosité, je me retourne et le fixe alors qu’il m’enfonce ses longs doigts pointus dans la cage thoracique. Je suis certaine de me trouver face à une créature évadée des enfers. La peau de son visage semble avoir fondu puis gonflé sous l’effet de la décomposition. Ses yeux ne sont que deux orbites creuses reflétant le néant absolu. Partout sur sa peau, des asticots sortent, tentant d’échapper au monstre. L’odeur est si forte que je ne peux pas m’empêcher de vomir. Ainsi on va me retrouver ainsi, morte empalée. En décomposition au milieu de mon vomi, mes orbites vides fixant ceux qui rentreront chez moi. Car je le sais à présent, il va me voler les yeux.

Je les ferme de toutes mes forces et je sens la pression de ses doigts, gelés comme la mort, contre. La pression augmente au fur et à mesure et je sens ses ongles traverser ma peau, paraissant être une bien trop faible protection à présent. Je repense à ses orbites vite et je hurle de peur et de douleur cette fois. La sensation est insupportable. Comme si ses ongles grattaient le fond de ma tête. Je le sens transpercer mes nerfs et arracher mes chairs. J’espère que je vais mourir, la maintenant tout de suite, pour que la douleur s’arrête. Mais il continue à tourner ses ongles sous ma peau, et j’ai si mal. Il continue de découper mes nerfs encore et encore, il continue à tourner, sors des doigts de ma peau, et les replonge pour continuer à tourner. Je finis par complétement perdre conscience de la réalité. Je ne sais pas combien de temps il a passé les doigts à l’intérieur de mon corps.

Quand je suis revenue à moi j’étais assise près de mon radiateur par terre. J’ai touché mes yeux et j’ai soufflé rassurée et j’ai rit de ma bêtise. Pourtant je n’arrivais pas à me calmer, je sentais comme une présence dans la pièce, ma peau était couverte de chair de poule. Je n’osais pas tourner la tête pour regarder. Mais je le voyais du coin de l’œil.

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