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Centre de quarantaine en Chine : le vrai du faux

Publié le par Galane Marechal

56,3k et 994 retweets pour une vidéo de 13 secondes diffusée sur Twitter depuis le 12 mars 2021. La vidéo est choquante et la description alarmante sur un centre de quarantaine en Chine obligatoire et payant. Que faut-il retenir ? 

 

Publication du 12 mars sur le compte @NewsInt_

Publication du 12 mars sur le compte @NewsInt_

Le compte @NewsInt_ twittait le 12 mars une vidéo portant sur un centre de quarantaine pour les personnes supposées positives au Covid-19. Elle a été vue par des milliers d’internautes et retweetée par une centaine d’autres. La description fait l’état des lieux de la situation : « Quiconque entre en contact avec une personne testée positive au #Covid-19 est obligée de vivre dans ce centre de quarantaine pendant 3 semaines à ses propres frais, qui s’élèvent à 300 yuans (46 dollars) par jour ». Celui-ci se situerait dans la province de Yunnan à Xishuangbanna Dai Autonomous Préfecture, au Sud de la Chine. La vidéo aurait été prise par un des prisonniers de ce centre de quarantaine. Existe-t-il un tel centre ?

Les commentaires des internautes sont disparates. Certains montrent leur indignation, leur écœurement. Une minorité de personnes s’interroge sur la véracité de la vidéo et demande des informations complémentaires. Les réponses qu’on leur accorde se rattachent souvent à un lien d’un article du centre de quarantaine à Shijiazhuang. Seulement sur la vidéo, il n’est pas question du même centre. L’un est localisé à Shijiazhuang, dans la capitale de la province d’Hebei et l’autre à la préfecture autonome dai de Xishuangbanna, dans la province de Yunnan. Les deux endroits sont distants de 2 847 km. Il faut bien faire la différence entre les deux sites que beaucoup d’internautes semblent être tombés dans le piège par mégarde.

Selon un site donné par le compte lui-même, ce centre se situerait plus précisément dans le comté de Mengla, au port de Mohan. Il aurait ouvert officiellement le 5 février. 667 chambres d'isolement de 18 m2 aménagées et 2 001 lits seraient disponibles. La superficie du site de plus de 22 hectares devrait être repérable sur Google Maps à l’endroit indiqué. Pourtant aucune structure de ce genre n’est visible.

Cette mise en quarantaine de trois semaines ne provient d’aucune source vérifiable. Les frais de 300 yuans non plus. Cette somme semble exorbitante en Chine, quand le salaire moyen s’élève à 846,41 € soit 6 822,64 yuans. Le séjour reviendrait donc à 6 300 yuans. Des blocs blancs sont collés les uns aux autres dans lesquels se trouvent des personnes qui ont tout juste la place pour sortir la tête par une petite ouverture dans la porte. Une vraie prison comme le décrivent les commentaires. Quelques personnes s’affairent autour d’une camionnette, équipées d’une combinaison. A contrario, les personnes enfermées ne portent pas de masque. Etonnant pour un centre de quarantaine ! Ces différents éléments amènent à une conclusion, cette vidéo a certainement été détournée.

Elle a été publiée à l’origine sur le compte (NEW) Things China Doesn't Want You To Know qui se traduit : « (Nouveau) Les choses que la Chine ne veut pas que vous sachiez ». Son nom révèle sa subjectivité. Sa bio Twitter va dans le même sens : « Pour les personnes contre le PCC (Parti Communiste Chinois) et des coutumes inhumaines pratiquées par la Chine. Un site est affilié au compte, où le créateur expose son objectif de faire tomber le PCC. Il est difficile de s’imaginer que les informations qu’il transmet sur son compte Twitter soient impartiales. 

 

Une part de vérité

Il existe bien un centre de quarantaine temporaire en Chine, à Shijiazhuang, dans la capitale de la province d’Hebei.

Construction du centre de quarantaine temporaire à Shijiazhuang © AFP - YANG SHIYAO / XINHUA / XINHUA

Construction du centre de quarantaine temporaire à Shijiazhuang © AFP - YANG SHIYAO / XINHUA / XINHUA

Des images aériennes et vidéo des lieux ont été diffusées par la chaîne China Global Television Network (CGTN) sur la construction du site. Les travaux ont commencé le 13 janvier dans une cadence accélérée. Les travailleurs se sont relayés 24h sur 24h pour construire de A à Z le site sur un terrain terreux. Ce projet est similaire à celui d’il y a un an, sur la construction d’un hôpital à Wuhan en dix jours. Ce chantier a été élaboré pour répondre à une résurgence de l’épidémie dans cette région chinoise, classée zone à haut risque. La Chine enregistrait un seuil qui n’avait pas été franchi depuis mars dernier. 4160 unités de logements devront voir le jour à la fin des travaux pour accueillir des personnes potentiellement porteuses du virus, qui ont été en contact avec des cas positifs. Chaque habitation est composée d’une salle de bain, de toilette, d’air conditionné et de Wi-fi. Lundi 19 janvier, la phase finale du projet était lancée selon la CGTN. La construction devrait être finie à l’heure actuelle mais aucune nouvelle information concernant la fin des travaux n’a été annoncée. Les informations données par la chaîne CGTN sont à prendre avec précaution. Ce média diffusé dans 140 pays, en cinq langues, est accusé de relayer des informations erronées comme propagande gouvernementale. La CGTN est placée sous le contrôle du PCC.

 

Ce qu’il faut retenir : ce centre de quarantaine ne correspond pas à celui d’Hebei, et aucune source sérieuse ne rend compte d’un nouveau centre à Yunnan. Les informations données par ce compte Twitter laissent se questionner sur la véracité de ses dires. Il est nécessaire d’avoir tous ces éléments en tête en visionnant la vidéo.

 

Galane Maréchal

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